Mouvements autour des SEL

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Hommage de Will Ruddick à Bernard Lietaer

15-avr-2019

Bernard Lietaer est un économiste et universitaire belge né le 7 février 1942 à Menin en Belgique et mort le 4 février 2019 en Allemagne. Professeur à l’université de Berkeley, ancien haut fonctionnaire de la Banque nationale de Belgique, cofondateur de l'Euro, membre du club de Rome, Bernard Lietaer était spécialiste des questions monétaires internationales. Il était un des défenseurs les plus connus des monnaies complémentaires, et en particulier régionales. Il était persuadé qu’elles prendraient une place de plus en plus importante dans le monde.

Hommage à Bernard, homme inspiré

 

Le 4 février 2019

Will Ruddick

 
 La vision qu’avait Bernard de divers éco-systèmes monétaires qui soutiendraient les populations et l’environnement plutôt que d’en tirer partie, comme c’est encore le cas maintenant, est l’étincelle qui a suscité ma reconversion de la physique aux Etats-Unis aux sciences économiques au Kenya et qui continue de me motiver tout comme d’innombrables concepteurs, chercheurs et militants des monnaies complémentaires. Sa conception visionnaire a précédé les crypto-monnaies de plusieurs décennies. A cette époque, la seule façon de nous approcher de la vision de Bernard était par tâtonnements  –  créant une monnaie après l’autre à l’aide de papier monnaie ou de bases de données centralisées.

 

 La première fois que j’ai rencontré Bernard Lietaer, c’était lors de la mise en œuvre d’un programme de monnaie complémentaire sur support papier dans trois villages près de Monbasa. Il a compris tous les défis bouleversants que pose la lutte contre la pauvreté et m’a embrassé, reconnaissant que la conception était juste et que nous faisions de notre mieux avec les moyens du bord. Il a parlé des flux Yin et Yang de différentes monnaies pour les dépenses et l’épargne, et de bien d’autres choses. Le ballet complexe et équilibré de ces monnaies fonctionnant ensemble était si tangible pour lui qu’on pouvait le sentir circuler dans tout son être.

Connecter ensemble ces monnaies communautaires à leur tout début dans l’écosystème qu’il  concevait n’était pas possible sans blockchain. Bernard était convaincu que des solutions comme le protocole Bancor qui permettait à des monnaies d’être reliées entre elles par l’intermédiaire de blockchains était la solution pour un changement d’échelle et un développement viral. Avec Bernard comme Président de la Fondation Bancor et sa capacité à réduire le sensationnalisme du blockchain à son potentiel de permettre à l’humanité le développement d’éco-systèmes monétaires sains et durables – je n’aurais voulu, et je ne veux, être nulle part ailleurs. Quand j’ai été sollicité pour diriger les efforts de la fondation sur les monnaies communautaires sous sa supervision, c’était la réalisation d’un rêve. C’est un grand honneur de marcher sur ses traces et c’est pour moi une grande perte de le faire sans lui.

 

Le monde a perdu un visionnaire qui a inspiré et rassemblé des personnes pour remédier aux défauts fondamentaux de nos systèmes monétaires qui sont les causes profondes de la pauvreté et des grandes dissensions humaines et environnementales. En le remerciant d’avoir ouvert la voie et en dédiant notre travail à sa vision du monde, assurons-nous que son message continue de progresser et d’inspirer les générations futures – que soit banni le concept de monoculture monétaire et que les valeurs portées par chacun de nous soient adoptées comme les unités fondamentales d’un écosystème multiple de monnaies qui nous relie tous dans l’amour et nous permette de guérir notre planète et nous-mêmes.

 

 Avec Sincérité, Amour, Inspiration et Hommage à une vie bien vécue,
 
Will Ruddick

 

Source: 
https://www.grassrootseconomics.org/single-post/Celebrating-Bernards-Inspiration

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La Coop cycliste de Phoenix

3-avr-2019

A Phoenix, la coop des cyclistes, propose des pièces détachées, du travail, et un lieu pour devenir indépendant

 

 

Photo : Earl Morris, usager du collectif de la communauté cycliste du Rusty Spoke, travaille sur un vélo devant l’atelier, à Phoenix, le 9 mai 2018.

Thomas Hawthorne/The Republic

 

Si vous entrez au Rusty Spoke, vous y verrez une pagaille bien organisée. Des pneus usagés sont accrochés sur un mur latéral, des chambres à air empilées sur le sol et des jantes pendent du plafond, reflétant la lumière qui pénètre par une porte entrebâillée. Des bricoleurs se pressent autour d’un poste de travail, s’affairant avec des pièces de rechange et des outils, à côté de poubelles pleines de pièces de frein.

Bill McComas, bénévole depuis des lustres à l’atelier et ardent défenseur de la bicyclette, emmène tous les mois un groupe de cyclistes en balade dans Phoenix. Il fait souvent l’ouverture au Rusty Spoke, explique le règlement de la coop aux nouveaux arrivants et donne aux autres un coup de main pour les outils et les pièces.

" C’est un atelier communautaire de cycles géré par des bénévoles, nous n’avons donc pas de salariés, " dit McComas. " Nous apprenons gratuitement aux gens comment réparer des vélos, nous ne faisons pas payer nos outils ni notre matériel. "

Les jours d’affluence, le travail dans l’atelier se fait à un rythme soutenu. Les visiteurs sont enregistrés dans l’ordinateur à l’entrée et on leur donne du travail à faire. Les habitués se saluent et travaillent sur des bicyclettes. Partout dans le garage, les bruits de vélos qu’on démonte et remonte se mêlent aux conversations entre les habitués et les nouveaux. Les mains sont rapidement couvertes de graisse et de poussière.

"Nous servons la population des sans-abris," dit McComas. "La plupart de nos clients sont des gens qui n’ont pas les moyens de prendre le bus."

 

Photo : Bill McComas, bénévole du collectif de l’association Rusty Spoke à la lumière de la porte ouverte du garage atelier, le 21 mars 2018, à Phoenix.

Thomas Hawthorne/The Republic

 

Ceux qui viennent à l’atelier ne sont pas tous des sans abris. Certains viennent chercher gratuitement une compétence ou des outils pour réparer leur vélo. D’autres recherchent des pièces détachées bon marché. Mais pour beaucoup d’habitués, le Rusty Spoke est un refuge.

" Nous venons ici et, vous savez, nous y sommes traités comme des rois, " dit Douglas Sherwin, un habitué de l’atelier.

Sherwin, comme beaucoup de ceux de l’atelier, passe une grande partie de son temps à attendre à l’entrée des Services d’hébergement d’Arizona central à la 12ème avenue et la rue Jackson. Il dit que le Rusty Spoke lui sert d’exutoire.

"Ces gars sont vraiment super et ils sont prêts à vous aider pour tout," dit Sherwin. "Pas besoin de se soucier d’autre chose que de réparer son vélo. "

Ce qui se raconte de l’origine du Rusty Spoke

En demandant autour de vous à l’atelier, vous aurez du mal à déterminer l’origine du Rusty Spoke.

Un bénévole a prétendu que l’atelier se trouvait jadis sur la Grande Avenue. Un habitué se rappelait qu’il était installé dans une arrière-cour quelque part à Phoenix. Aujourd’hui l’organisation à but non lucratif 501 se trouve au coin nord est de la 9ème avenue et la rue Grant, partageant un entrepôt avec GRID Bike Share, le programme de vélos partagés de Phoenix.

McComas dit que l’objectif du Rayon Rouillé est d’enseigner aux cyclistes comment réparer leur vélo et de leur fournir un moyen de transport bon marché. Partout dans l’atelier, des bénévoles et des clients se fraient un passage parmi les rangées de bicyclettes, se passent des pièces détachées, posent des questions aux autres et travaillent sur leurs vélos.

Les clients peuvent échanger cinq heures de travail à l’atelier contre une bicyclette offerte, d’une valeur de $50.

Les bénévoles de l’atelier leur montrent comment garder leur bicyclette en bon état, aidés de nombreux habitués qui viennent pour des pièces détachées ou une révision. Le travail-échange peut aller du tri et l’étiquetage de pièces reçues en dons jusqu’au balayage du local ou même, pour les plus expérimentés, aider les autres clients à travailler sur leur vélo.

Les bicyclettes de collection ou en excellent état, qui valent plus cher, sont mises de côté et vendues grâce au bouche à oreille ou aux réseaux sociaux pour aider le Rusty Spoke à payer son loyer, dit McComas.

La satisfaction d’aider

Demandez à des bénévoles comment ils ont fini par atterrir au Rusty Spoke, ils vous donneront des réponses variées.

McComas, qui travaille dans une collectivité locale, dit que c’est son amour des cycles et un projet de restauration qui l’ont amené au collectif. Nikki Armstrong, une autre fidèle bénévole, dit qu’elle a commencé à venir au Rusty Spoke juste pour apprendre à travailler sur ses propres vélos et que l’atelier a fini par faire partie intégrante de son emploi du temps hebdomadaire.

 

Photo : Arthur Morrow, bénévole au Collectif de l’association cycliste Rusty Spoke avec sa bicyclette devant l’atelier le 9 mai 2018 à Phoenix.

Thomas Hawthorne/The Republic

 

Arthur Morrow, est devenu bénévole après avoir été lui-même un client dans le besoin. Il dit qu’il a découvert l’association par un prospectus au centre des services judiciaires. 

"J’offre mes services parce que j’aime vraiment faire ça" dit Morrow. "Il y a une grande satisfaction à aider quelqu’un à réparer son vélo. Parce qu’une fois qu’il sait comment faire, il n’est plus dépendant de personne pour le réparer. "

A l’origine, Morrow a travaillé à l’atelier pour obtenir sa propre bicyclette. Après le vol de celle-ci, il y est retourné et a découvert qu’il était capable de partager les connaissances de toute une vie de bricolage sur des vélos. Il dit qu’il est maintenant reconnu dans la rue par des visiteurs de l’atelier.

"C’est un vrai plaisir, "dit Morrow . "On ne regarde pas l’heure. Ca passe vite. "

Besoin de bénévoles et de matériel

Les ressources et le personnel étant limités, le Rusty Spoke n’ouvre que deux jours par semaine : le dimanche de midi à 15h et le mercredi de 17 à 20h.

Tous les bénévoles qui travaillent au Rusty Spoke disent qu’ils ont le plus grand besoin d’autres bénévoles ainsi que des dons de pièces de rechange.

 

Photo : des jantes de cycles accrochées au plafond. 21 avril 2018, à Phoenix.

Thomas Hawthorne/The Republic

 

"Nous recherchons quelqu’un qui veut aider la communauté et sur qui on peut compter et qui se présentera au travail à l’heure, comme promis, " dit McComas. "Il apprendra le côté vélo sur le tas. "

On peut offrir des pièces détachées de vélo ou une somme d’argent à l’atelier pendant les heures d’ouverture ou par le site web rustyspoke.org. McComas ajoute qu’ils prennent tout ce qui a rapport au vélo, que ce soit des pièces de rechange endommagées ou cassées, des outils ou un banc de montage.

"Je dis volontiers que nous sommes un petit pignon sur un grand pédalier," conclut McComas. "Nous faisons notre possible pour faire une différence."

 

Maurice Tran, un client du collectif communautaire de vélos Rusty Spoke, travaille sur une jante de bicyclette, à l'intérieur de l'atelier le 22 Avril 2018.

Thomas Hawthorne / The republic 

 

Morrow affirme que le Rusty Spoke l’a aidé à accroître sa confiance pour  trouver un emploi à plein temps. Même s’il ne peut pas consacrer autant de temps qu’avant, il dit qu’il essaie encore d’aller à l’atelier au moins une fois par semaine. 

"Un vélo, c’est l’indépendance, purement et simplement. " dit Morrow. "Beaucoup de gens ici, n’ont pas les moyens de posséder un véhicule. Donc ça leur donne la possibilité d’aller à des rendez-vous, aux endroits qu’ils veulent et de s’échapper du quotidien. "

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Source : Thomas Hawthorne The Arizona Republic  /  Publié le 31 Mai 2018 voir Ici

Traduit par Pascale Dey

Remarque: Le nom du magasin Rusty Spoke en traduction littérale veut dire Rayon Rouillé.

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Le boom des supermarchés coopératifs en France

3-avr-2019

Le boom des supermarchés coopératifs en France

Depuis le poulet aux hormones chanté par Jean Ferrat, les scandales n’ont cessé de ternir l’image de l’industrie agro-alimentaire. La liste est longue, de la vache folle au lait pour bébé contaminé par des salmonelles, en passant par la grippe aviaire, l’huile de colza frelatée et les lasagnes au cheval pour ne mentionner que les plus récents… L’agriculture conventionnelle et ses poisons, l’élevage en batterie, les conditions abominables d’abattage d’animaux de boucherie dénoncées par L214, la maltraitance des poussins ou des porcs ont choqué les Français. Tous ces abus ont fini par faire naître chez beaucoup de gens un grand ras le bol. D’autre part le quasi-monopole de la grande distribution, son éthique et son impact environnemental discutables ont lassé certains consommateurs qui se sont mis à rêver d'autre chose.

Mais comment concilier une volonté de mieux s’alimenter, de consommer des produits locaux et bio, d’avoir un moindre impact environnemental, de favoriser une agriculture durable avec un désir d’éthique, de transparence, de partage et d’autogestion ? La réponse nous vient des Etats-Unis, où des milliers de coopératives alimentaires ont été créées dans les années 1970 par des petits groupes de copains ou de voisins. Beaucoup de ces coopératives pionnières n’ont pas survécu mais il reste actuellement environ 350 supermarchés coopératifs aux Etats-Unis où seuls les coopérateurs peuvent s’approvisionner. Certaines de ces Food Co-ops sont devenues de grands succès. Park Slope Food Coop, à Brooklyn (New York) est devenu la référence incontournable : 17 000 membres, 70 salariés, des produits frais de grande qualité à des prix modérés, une gestion transparente, une éthique irréprochable et des coopérateurs qui participent à raison de 3h de travail par mois.

Vingt-cinq supermarchés coopératifs ont déjà été créés en France sur le modèle de Park Slope Food Coop. https://framacarte.org/en/map/supermarches-cooperatifs-participatifs_6392#6/46.860/9.514 Le film documentaire Food Coop réalisé par Tom Boothe,https://foodcooplefilm.com/ , tourné à Brooklyn, a permis à de nombreuses personnes de prendre conscience qu’un changement radical était à leur portée. C’est ainsi que le film et son réalisateur ont inspiré la Louve à Paris, la SuperCoop à Bordeaux, la Cagette à Montpellier, Super Quinquin à Lille, Bees à Bruxelles et de fil en aiguille, une vingtaine d’autres

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Des supermarchés coopératifs sont aussi en projet dans toutes les régions de France, à Rennes, Lyon, Juvisy sur Orge, Nancy, Toulouse, Toulon, Grasse, Versailles, au Pays Basque et à Annecy par exemple. Dans le sud de la Seine-et-Marne, un supermarché coopératif rural et péri-urbain est actuellement en gestation, la Cooplicot. Les premières discussions ont commencé en juin 2017 réunissant cinq personnes dont quatre Sélistes du SEL des Ecluses. De cinq personnes, le groupe est passé à cent en quatre mois. Des commissions ont été créées pour réfléchir à tous les aspects du projet : l’éthique, le recrutement des coopérateurs, la recherche de fournisseurs, les lieux, les services, le règlement, la communication, le site web et la page Facebook etc. Car l’idée et la convivialité ne suffisent pas pour réussir une entreprise collective, le projet doit être peaufiné dans ses moindres détails. Après deux ans d’expérimentations et 200 personnes intéressées, la coopérative va être constituée officiellement  au début de 2019.

 

Les Co-ops répondent à une volonté de changement. Nous sommes à un tournant avec la menace du changement climatique, l’agriculture conventionnelle dans une impasse et la précarité des emplois. Les citoyens peuvent trouver des solutions alternatives au modèle économique proposé, les SEL en sont une, les coopératives alimentaires en sont une autre.

 

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Article écrit par Pascale Dey, des SEL Fleur de Seine et SEL des Ecluses, janvier 2019.

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